Alors que ses frères cherchaient à la joindre pour la
prévenir, Hay-Lain avait éteint son portable et se
trouvait présentement chez les Kenfack avec
pour seule compagnie Joana. Elles s’installèrent à la vé-
randa et Joana se chargea de leur apporter deux verres
d’eau. Hay-Lain regarda un long moment son verre d’eau
et finit ensuite par regarder Joana.
- Pourquoi as-tu fait ça ? Demanda Hay-Lain à Joana
qui semblait ne pas comprendre.
- Je ne comprends pas ce que tu veux dire, répondit
Joana.
- Je te parle des filles que tu as assassiné Joana ou de-
vrais-je plutôt t’appeler Némésis ?
- Je ne te comprends toujours pas.
- Je vais donc t’expliquer puisque tu persiste à jouer
l’ignorante, répliqua Hay-Lain. Tu as empoisonné Clara,
noyé Danielle et ensuite changer les médicaments d'Ingrid quand on était allé en ballade après quoi tu as
essayé de faire porter le chapeau à ta mère et moi.
- Tu racontes n’importes quoi, rétorqua Joana. Je pense que c’est la peur que Némésis te fasse du mal qui
commence à te rendre folle.
- Détrompes- toi Némésis, je ne suis pas folle. Au contraire, ajouta-t-elle, je suis plus lucide que jamais, mais
j’imagine que tu meurs d’envies de savoir comment je l’ai découvert. En fait ça n’a pas été si difficile que ça après que j’ai arrêté de te faire aveuglement confiance. Premièrement la seule pièce à laquelle Ingrid et moi avions accès était ta chambre ce qui signifie que la clef de la chambre d'Audrey, Ingrid l'a trouvé dans ta chambre. Ce qui signifierait aussi que c'est toi qui a déchiré les pages du journal de ta défunte sœur...
- Je ne te suis pas bien là
- Deuxièmement, tu as été en contact d'une façon ou d'une autre avec toutes les victimes de Némésis le jour même de leur décès.
- Simple coïncidence.
- Tu avais une longueur d'avance sur nous parce que tu savais tout de nos plans. D'ailleurs cette photo qu'on a trouvé dans le journal d'Audrey n'est qu'une photo prise lors de l'ouverture d'un club journal dont elles faisaient partie au CE2. Ces filles n'ont jamais été amies auparavant. Evans l'a dit à Laurene et Myriam.
- Moi aussi j’aurais peur à ta place mais tu n’as rien à craindre puisque tu n’as pas reçu de menace de mort.
- Arrête de nier je sais tout. Je sais comment tu réussissais à tuer chacune de tes victimes sans laisser de traces. Tu as un complice qui est lié directement ou indirectement aux forces de l'ordre. Il brouille les pistes pour que la police ne te retrouve jamais.
- Sérieusement Lena je ne comprends pas pour quoi tu me dis tout ça.
- Tu t’infiltrais d’une manière comme d’une autre dans leur vie, et à chaque fois tu montais le plan parfait que tu
réalisais grâce à ton complice, ajouta Hay-Lain au bord des larmes. D’ailleurs qui est-ce ? qui que ce soit vous devez faire la paire pour avoir l’audace de prendre la vie
de pauvres innocentes à cause d’une suicidaire.
« Suicidaire ! » se dit Joana en elle-même repensant à sa
sœur dépressive que ses parents ne remarquaient pas et quand toutes les deux étaient livrées à elles-mêmes lorsque leurs parents
s’absentaient plusieurs semaines voire des mois pour leurs
« maudites réunions d’affaires » ce qui donnait l'occasion à sa sœur de se droguer à sa guise et d'accroître ses doutes relations amicales. Cette dernière regarda
longuement Hay-Lain - qui ne pouvait pas s’arrêter de pleurer se souvenant que c'est de sa faute si Joana était entré dans leurs vies - prit le verre d’eau qu’elle avait en face d’elle, le vida de son contenu puis se rapprocha d’Hay-Lain.
- Ma sœur n’était pas une suicidaire !!! Hurla-t ’-elle en
lui brisant ce verre sur la tête.
Pendant ce temps, Billy et Myriam se rendirent chez Mme Ebene qui était déjà en compagnie de Laurene.
- Mme Ebene, Joana et ma sœur sont injoignables et nous craignons que ce soit Joana Némésis.
-Je suis déjà au courant à ce propos car Laurene m’en a parlé, répliqua Rachel.
- Billy et moi savons que Mme Ivanna est en déplacement à Akwa depuis hier dans le cadre d’une réunion familiale, ajouta Myriam.
- Ça signifierait que Joana serait seule chez eux avec Hay-Lain, conclut Laurene.
- Ecoutez moi les enfants, Billy et moi allons tout de suite à Akwa et vous allez chercher Hay-Lain à la villa des
Kenfack.
- Compris Mme ! s’exclamèrent Laurene et Myriam à l’unisson.
Comme prévu, Laurene et Myriam allèrent à la Villa des Kenfack mais à leur grand dam, elles trouvèrent
Georges devant la villa qui sortait bredouille d’une perquisition illégale.
- Il n’y a personne j’ai déjà vérifié toute la maison qui était bizarrement ouverte, commença Georges. Tout
porte à croire qu’elles viennent de déserter les lieux, cependant…
- Qu’est ce qui passe, qu’est ce que tu as trouvé d’autre ? demanda Laurene.
- Il y avait comme des traces de sang sur le sol de la
véranda, répondit-t ’-il.
- Comment ça « comme des traces » ? demanda de
nouveau Laurene.
- Elles étaient presque effacées, le nettoyeur devait
être vraiment pressé car il n’a pas pris le soin de bien ranger le matériel utilisé.
- Pourquoi ce n’est pas la police qui s’en occupe ?
pourquoi nous devons nous de fourrer nos nez partout? demanda Myriam frappant sur un arbre
qui se trouvait derrière elle.
- Ne t’en fais pas la police est en route pour ça et tu
n’as pas besoin de faire souffrir ce pauvre manguier innocent, rétorqua Georges cachant la peur qu’il ressentait à
l’idée de perdre sa sœur.
De son côté, Hay-Lain se réveilla toute bâillonnée et ligotée à l’aide de vieux vêtements délavés pour garçons.
Joana, qui était dos à cette dernière, semblait très en colère au téléphone.
- Ce n’est pas ce qui était prévu Kévin, disait-elle.
- Baisse d’un ton quand tu me parles sinon crois-moi tu
finiras dans un plus médiocre état que toutes tes victimes,
lança le correspondant de Joana.
- Ne me menace pas imbécile ! je suis bien pire que
toi. En plus, contrairement à toi je n’ai pas donné de véritables pistes à cette bande d’idiots, maintenant à cause
de toi ils doivent tous me soupçonner.
- Je t’avais demandé de me laisser m’en occuper tout
seul mais toi tu as préférée jouer les meilleures amies donc
c’est à toi d’assumer.
- Tu as intérêt à ne pas me trahir sinon tu vas regretter
de ne pas m’avoir tuée avant et sois certain que je ne suis
pas en train de blaguer.
- Comme tu veux majesté. La police est chez toi je suis
arrivé trop tard pour effacer les traces de sang que tu as
laissé sur le sol mais je vais faire de mon mieux pour les
embrouiller puis je te rejoins.
- Dépêche-toi car ma mère va bientôt rentrer et il faut
impérativement que tout se passe ce soir comme nous
l’avions prévu depuis le départ.
- Je vais faire de mon mieux ne me stresse pas s’il te
plait. Tout ça c’est à cause de ta stupide obsession.
À peine après avoir raccroché, Joana se retourna et trouva
Hay-Lain éveillée observant le sang qui avait coagulé sur
son bras. Celle-ci ne souleva la tête que lorsqu’elle aperçue l’ombre de Joana qui se rapprochait d’elle. Prise de
peur elle essaya d’hurler mais sans succès à cause du tissu
qui refermait sa bouche. Heureusement, Joana la leva
juste de terre et la fit asseoir sur un canapé, lui rinça le visage après quoi elle s’assit à son tour en face de sa prochaine victime pour répondre à toutes les questions qui lui
avaient été posées lorsqu’elles étaient à la villa.
- Au cas où tu te poses la question, nous sommes non
loin de la total Bonatéki dans mon ancienne maison. À
l’époque ma mère n’était encore qu’un prof vacataire
au lycée de Deido, elle vendait aussi le foléré et le Kossam et parfois elle vendait mèmes des boissons communément appelées « bergères » mais malgré tout on vivait
bien ici. Mon père était plombier malgré son diplôme
d’ingénierie il nous rapportait toujours de quoi aller à
l’école le lendemain, il surveillait nos devoirs et il faisait
aussi tout pour qu’on n’ait jamais rien à envier à per-
sonne. Ma mère quant à elle n’a jamais été réellement
présente. À chaque fois qu’elle ouvrait la bouche,
c’était pour nous critiquer, nous rabaisser et… En fait, elle
n’était jamais contente, jamais de mots gentils, de félicitations ou même d’encouragements. Parfois, Audrey me rassurait et me disait que notre mère était comme ça
parce qu’elle voulait qu’on soit de meilleures personnes
mais elle n’a jamais rien fait pour montrer qu’elle nous aimait. Elle ne s’est même pas rendu compte que ma sœur devenait dépressive, anxieuse, qu’elle n’apprenait
même plus parce que quoi qu’elle fît ce n’était jamais suffisant puisqu’elle n’était pas aussi intelligente que
Clara, que Danielle, qu’Ingrid qui a bizarrement échoué à son examen de fin du premier cycle, que toi ou que…
Mais ça n’a plus d’importance aujourd’hui, ma sœur
s’est suicidée à cause de sa profonde dépression et moi
vivante, j’ai promis devant son corps sans vie de me venger, de vous faire vivre à toutes le même calvaire qu’elle vécut, cette peur de ne pouvoir rien dire à sa mère des
sentiments que l’on éprouve, de se sentir impuissante et malheureuse. Notre vie aurait dûe être meilleure, mon père avait trouvé un travail haut placé, ma mère avait
eu le concours de l’Etat et était enfin devenue un « véritable prof » selon elle, mais rien ne changea, au
contraire tout s’empira. Notre père devenait de plus en
plus absent, ma mère resta aussi méchante et... Mais bon j’espère
que maintenant j’ai répondu à toutes tes questions
parce que ce soir je me charge d’en finir avec mes dernières cibles qui seront - tu le sais déjà - toi, ma mère et…
je préfère garder ça pour moi.
Après ça, Joana détacha le tissu qui empêchait Hay-Lain de s’exprimer pour le lui permettre.
- Je ne savais pas que tu en avais tant souffert mais ce n’est pas comme ça que tu vas te sentir mieux, lui dit Hay-Lain. Tout ce qu’il te faut c’est de l’aide pour t’aider à sur-
monter ce traumatisme, tu peux te faire soigner et moi de
mon côté je veux vraiment t’aider car malgré tout tu restes mon amie et je sais que tu n’aurais jamais fait ça si
ta sœur était encore en vie.
- Mais elle ne l’est plus et c’est trop tard pour reculer, je n’ai plus le choix, je dois terminer ce que j’ai commencé.
- Juste par curiosité comment faites-vous?
- Puisque tu mourras ce soir je veux bien te révéler cette information. J’envoie mes menaces de mort de
diverses façons par exemple pour Clara je l’ai infiltré dans
son sac de classe, pour Danielle dans ses chaussures et
pour Ingrid je l’ai fait avant votre visite pour m’aider à faire l’exposer laissé par le prof d’histoire ce qui était un gros mensonge d’ailleurs.
- Et comment tu as réussi ?
- J’ai utilisé comme prétexte une visite à mon employeur et après avoir demandé les toilettes qui étaient
non loin de sa chambre, j’y suis allé avec mon rouge à lèvre et je l’ai écrit sur son miroir. En ce qui concerne les
meurtres, l’obtention des poisons s’est faite par mon très
bon associé qui me trouve les plus silencieuses et les plus
lentes possibles. Pour Clara je l’ai juste versé dans sa bois-
son avant de la lui servir - puisque j’étais l’une des serveuses à son anniversaires - Pour Ingrid je les ai changés avec ses médicaments pendant votre stupide balade et
pour Danielle je l’ai juste frappé à la nuque près de leur piscine après quoi elle y est tombé. Elle y était parce qu'elle avait sûrement soupçonné que quelqu'un s'était infiltré chez eux. Pour toi pas besoin de te raconter, non ?
- C’est qui ton complice ? c’est lui qui t’aide à effacer tes traces, et pour les pilules d’Ingrid, comment a-t ’il fait
pour avoir un poison aussi ressemblant ? pour mener la po-
lice en bateau n’est-ce pas ?
- Je travaille avec Bandon Kévin, un fils de policier qui
serait prêt à tout pour une pièce d’argent. Je ne sais pas
comment il l’a fait et ça ne m’intéresse pas.
- Qui es-tu vraiment Joana ?
- Je suis la déesse de la vengeance ma chère Lena, je suis Némésis.
À Akwa, Rachel et Billy avaient enfin retrouvés Ivanna.
Ils lui posèrent le problème mais cette dernière ne sue
quoi dire. Ivanna resta perplexe une bonne dizaine de minutes avant de fondre en larme. Rachel très touchée par cela se rapprocha d’elle et lui promit que tout ira mieux et
ce n’est qu’ensuite, ils prirent la route pour la villa. Sur le
chemin, Mme Kenfack repensa à sa vie d’avant et c’est
là que lui vint à l’esprit son ancienne maison dont elle ne
fit part à Rachel et à Billy qu’arrivés à destination.
Georges, Laurene et Myriam qui attendaient toujours là se
dépêchèrent d’aller à la rencontre d'Ivanna à l’exception de Myriam qui préféra rester lorsqu’au loin elle aperçue Kévin qui semblait se faufiler en douce dans la maison. Celle-ci très inquiète en parla à Billy qui ne tarda pas à se rapprocher.
Ce dernier entra discrètement à son tour pour voir ce que tramait Kevin qui malheureusement le repéra dès son entrée dans la villa. Il appela
Joana pour lui conseiller de renoncer à ses plans pour ce soir voyant l’ampleur que cela prenait mais celle-ci refusa d’entendre raison et
lui ordonna de la rejoindre.
Hay-Lain se réveilla une fois de plus après avoir été injecté d’un sédatif par Joana. Cette fois-ci elle était dans
une douche dont les ampoules étaient allumées. Par
chance elle trouva un couteau que Joana avait due oublier par terre et s’en servi pour se détacher. Elle essaya
ensuite de s’enfuir en rampant car elle n’arrivait plus à se
tenir debout à cause du sédatif. Malheureusement pour
elle, lorsqu’elle eut réussi enfin à gagner la sortie elle
tomba sur Kévin qui la fit rentrer aussi tôt. Georges qui
n’arriva qu’un quart d’heure après ne les trouva plus. Ce n’est que vers dix-huit heures qu' Ivanna reçue un mes-
sage de sa fille qui lui demandait de la retrouver près du port.
Joana quant à elle demanda à Kévin d’accepter de se suicider avec elle car c’était pour elle sa seule option après
la prison. Ce dernier prit de peur se mit à courir cherchant à s’enfuir mais fut attrapé par Julien qui se dirigeait vers le port ainsi que tous les autres. Hay-Lain morte de peur,
n’arrivait plus à parler voyant que Joana tenait une arbalète pleine de munitions. Lorsque tout le monde arrivait, Joana détacha Hay-Lain, puis lui demanda de s’en aller
ajoutant que ses dernières victimes étaient désormais sa mère et elle car en effet, Joana était une de celles face à qui Audrey était constamment rabaissée. Hay-Lain n’en croyait pas ses yeux : elle était rayée de
la liste et remplacée par Némésis en personne.
- Je suis là ma’ a !!! cria Joana. Viens qu’on en finisse avec cette histoire.
- Joana sois raisonnable, rentrons à la maison ton père nous attend et il ne faut pas qu’il s’inquiète.
- Je ne bouge pas d’ici sans ma sœur avec moi.
- S’il te plait Joana ne me demande pas ça, tu sais que c’est impossible.
- C’est à cause de toi qu’elle est morte. Tu n’es qu’une sale sorcière et crois moi je maudis le fait d’être ta fille. C’est toi qui m’as rendue folle, toi et ta fichue méchanceté.
- Pardonne-moi ma fille, je n’ai jamais voulu ça. J’ai toujours pensé que je me devais de vous rendre fortes et
intelligentes. Je te promets de tout faire pour me racheter, d’accord ?
- Tu as raison tu dois te racheter mais envers mon père parce que pour moi il est trop tard. Tu as intérêt à le rendre heureux Ivanna !
D’un geste murement réfléchit et très habile, Némésis
retourna son arbalète contre elle et juste au moment
d’appuyer sur la détente, Hay-Lain qui n’avait pas bougé comme tout le reste des « spectateurs », se jeta sur
Joana qui laissa tomber son arme – à bout de force - et se mit juste à pleurer jusqu’à l’arrivée de la police qui la força à se calmer.