Cheveux courts, boucles d'oreilles argentées, casque autour du cou, petit sac à dos, longue robe noire cintrée, veste grande taille couleur kaki, mitaines, bottines noires sans talons.
Je n'ai pas pu m'empêcher de l'observer en silence le temps qu'elle arrive à moi. J'aime bien son style soit dit en passant.
— Hello salut, dit-elle avec un grand sourire.
— Salut.
— Allons, sois pas timide, je ne vais pas te manger. Je t'observe depuis tout à l'heure et je sais que tu es nouvelle. J'aimerais bien faire ta connaissance, et t'accueillir du mieux possible. En fait je t'ai aperçu de là-bas, m'indique t-elle l'endroit en le pointant du doigt sans s'arrêter de parler, et je me suis dit «c'est une nouvelle», ensuite je me suis dit «cool», et dans ma tête c'était genre, une nouvelle amie, une nouvelle pote et j'aimerais faire ta connaissance. Je l'ai dit ça ? Peut-être pas... Okay je recommence, donc je disais que j...
— Wow, du calme. Respires. Je la coupe confuse et un peu impressionnée.
— Désolé, c'est que, je suis super excitée, du coup je parle beaucoup trop et je finis par perdre le fil, bref. Je m'appelle Iris et je suis ravie de faire ta connaissance, déclare t-elle plus posément sans lâcher son sourire, puis elle me temps la main. Je la saisie réticente.
— Enchantée.
A peine je l'ai dit qu'elle m'entraîne avec elle dans le campus. Elle me fait visiter les lieux, elle me parle un petit peu de l'école, et à chacun des endroits où nous entrons elle me donne quelques indications.
Lorsque nous arrivons dans le parking, je me rends compte de là que l’établissement vraiment grand, donc on n'a pas pu faire tout le tour. Je me tourne vers mon guide improvisé et je la vois contempler le campus comme si c’était la première fois qu’elle le regardait mais non, elle le connaît très bien si elle me fait visiter.
— Merci pour la visite, je dis simplement en lui gratifiant d'un sourire. Elle hoche la tête toujours souriante. Une question me turlupine.
— Comment... Je commence et elle me fait face. Comment ça se fait que tu fasses une visite guidée quasi complète à une personne que tu ne connais même pas ?
— Mais c'est pas grave ça, c’est qu’un détail. On va apprendre à se connaitre. Déjà...
— Attends, je la stoppe dans sa lancée. Je parlais juste de mon prénom, tu ne le connais pas et pourtant c’est comme si c’était le cas.
— C'est vrai ça, mais où avais-je la tête ? Relève t-elle dans une surprise exagérée avant d'ajouter. Désolé c’est l'émotion... Alors dis-moi, qui es-tu ? C’est quoi ton nom ? Tu as quel âge ? Tu viens d'où ? Tu vis loin d'ici ?
— Ça fait beaucoup de questions là...
— Oh ! Encore désolé, c'est...
— Mais, la coupé-je, reprenant la phrase qu'elle ne m'a pas laissé terminé, je vais te répondre.
Je la vois ravie et impatiente surtout, puisqu'elle applaudit silencieusement se réjouissant de mon choix.
— Alors, fais-je en me rappelant ses questions. Jeune fille passionnée, Aurora, vingt ans, de quelque part, et oui.
— Aurora... C'est beau. J'aime bien. Commente t-elle avec enthousiasme débordante.
J'enchaîne avec une question supplémentaire que j'ai en tête.
— Dis, tu es toujours aussi...
— Energétique ? Me coupe t-elle et j'acquiesce. Puis elle reprend mais plus posément. En général je suis quelqu'un de très énergétique oui, entreprenant... bavard si tu veux et avec tout le monde. Enfin non, pas tout le monde. Je dirais que le degré de véhémence dépend de ceux que j'ai en face de moi alors pour répondre à ta question, c'est oui.
Au début, je l’ai trouvé folle, maintenant je la trouve encore plus folle, mais au final j'apprécie sa frénésie et sa présence. Elle a de l'énergie à revendre, elle est remplie d'enthousiasme, et elle est drôle. De ce qu'elle m'a montré, elle m'a l'air d'être une chouette personne. Ça fait plaisir de rencontrer des gens sympathiques.
Pendant la visite qu’elle m’a fait faire, j'ai remarqué qu'elle et moi serons dans le même bâtiment pour les cours mais nos salles seront pas mal éloignées. Ça m'attriste un peu, j'avoue. D'un autre côté pourquoi pas ? Je ne l'entendrai plus parler, ça me fera des vacances. C’est vrai que j’ai dit l’apprécier elle et son entrain mais au bout d’un moment ça fait beaucoup, c’est limite pesant. Il faut dire qu'elle est très bavarde quand même. La plupart de ce qu'elle dit n'est pas utile, cela dit dans certaines de ses paroles il y a des informations plus ou moins importantes. C'est cinquante-cinquante. Pour ma part, on ne peut jamais vraiment être sûr.
Durant le temps qu'on est resté ensemble, elle m'a expliqué comment ça se passait ici avant de dévier le sujet sur sa vie. Je peux affirmer que je la connais un peu mieux maintenant. En résumé, d'après ce que j'ai compris, elle a un an de plus que moi et n'habite pas très loin du campus dans leur maison familiale avec ses parents. Elle aime la bonne nourriture, les animaux et l'art en général. Enfin elle étudie l'architecture option décoration d'intérieur et c'est sa deuxième année ici cette rentrée. Voilà l'essentiel en omettant les détails.
***
Le vent frais de la ville glisse dans les rues comme une caresse glacée et s'infiltre dans mes narines, ce qui me pousse à enfoncer davantage mes mains dans les poches de mon manteau. La ville est vraiment magnifique en cette saison. Le paysage est incroyable, il n'y a rien à dire. Même les boutiques et les magasins semblent sortir de l’ordinaire, et justement ça me rappelle les courses que j’ai à faire avant de rentrer. Mes placards sont complètement vides, je n’ai rien à manger si jamais j’ai un petit creux.
Je marche encore un moment avant que je n’entre dans une supérette au coin de la rue. Un petit le tour de repérage me permet de constater qu’il y a tout ce dont j’ai besoin. Au bout d’une vingtaine de minutes j’ai tout ce qu’il me faut et ce sont les bras chargés que je rentre directement.
Lorsque je traverse l'accueil, je suis stoppée par Léo le réceptionniste qui m'informe du fait que j'aurais un colis. Je ne me rappelle pas avoir commandé quelque chose alors je l'interroge, confuse de cette information.
— Vous êtes sûr qu'il m'est destiné ce colis ?
— Oui mademoiselle. Denise l'a réceptionné tout à l'heure et elle m'a chargé de vous le remettre en personne, affirme t-il en sortant le fameux colis.
— Ah, soufflé-je en le voyant et je me rappelle maintenant. Ma guitare c’est vrai… On devait me la livrer, j'avais complètement oublié, admet-je.
J’ai les sacs de courses dans les bras et j’essaie de faire de la place pour tenir l’objet mais je galère. Impossible pour moi de l’avoir en main avec tout ce que je transporte déjà alors je demande de l’aide sous le regard inquiet de Léo.
— Quelqu'un pourrait m'aider à le monter s'il vous plaît ?
— Bien sûr, acquiesce t-il comme s’il n’attendait que ça pour intervenir. Diego ? Tu pourrais venir un moment ? Dit-il en appuyant légèrement sur son oreillette.
Moins d’une minute plus tard ledit Diego est là. Léo lui demande alors de m’accompagner jusqu'en haut et avant que nous ne bougions, il me décharge très gentiment de mes sacs qu’il se dévoue à porter, quant à moi je m'occupe de mon précieux instrument.
Une fois dans l’appartement, Diego dépose tout sur l'îlot avant de s'en aller. De mon côté je monte quand il est parti et je file prendre une douche. Quand j’ai fini je me mets au lit mais avant, je parcours mes mails et mes messages un instant, pour m'assurer que tout est en ordre.