Mon père m'a appelé pour prendre des nouvelles et me demander si l'appartement me convenait. Bien évidemment que j'ai répondu oui puisque je m'y sens à l'aise et c'est confortable, sans parler de l'esthétique qui est juste impeccable.
Durant la conversation qu'on a eu, il m'a annoncé qu'il me gratifiera de quelques jours de « congés » pour que je puisse régler les formalités concernant mon école et tout le reste. Donc je ne reprendrai du service que dans deux semaines, ce qui me permettra de souffler un peu par la même occasion.
D'ailleurs je vais commencer tout de suite tant que j'y suis, j'ai besoin de stabilité avant de commencer ou poursuivre quoi que ce soit. Il me faut un peu de temps pour comprendre et gérer tout ce qui va désormais changer, c'est-à-dire mes nouvelles habitudes, mon quotidien et toutes ces choses.
Même si je parais tout contrôler et ordonner mes pensées parfois incompréhensibles voire irrationnelles, il y a des situations comme celles ci où je fais face à beaucoup de changements et de nouveautés, qui peuvent me perdre et m'accabler facilement parce que je n'aurais pas pris le temps de m'organiser et d'ordonner toutes mes affaires, surtout comprendre et accepter ce qui m'arrive même si c'était mon choix à la base.
Toute cette préparation si je puis dire, justifie le temps qu'il m'a accordé. Le cas échéant nécessite une période de digestion et d'adaptation justement, pour éviter d'accumuler ses charges et se sentir oppressé à la fin. Je pense que la plupart serait d'accord avec cette façon d'agir, c'est utile.
Parfois il faut faire des pauses, comme me le dit souvent mon père. D'ailleurs je tiens cette méthode de lui qui me l'a enseigné. Mon père...
Je n'ai pas l'habitude de parler de lui, déjà à qui en parler puisque je ne peux pas le nommer. Dans tous les cas je n'ai pas souvent eu l'occasion de le faire, alors qu'il représente pour moi ce à quoi j'aspire à devenir. Non pas la personnalité public, mais l'humain authentique rempli de valeurs et de belles qualités.
Mon père, Jules Antonio Miles, est un homme d'affaires opérant dans divers secteurs, le plus connus étant celui de la construction. Il est le PDG d'une grande entreprise de construction composée de nombreuses d'équipes qui réalisent des travaux incroyables, j'en ai déjà vu. Il n'y a qu'à observer l'édifice dans lequel je suis actuellement. Une fusion entre un hôtel, un complexe offrant des appartements à louer et un restaurant, tout ça en une seule structure. Un trois en un. C'est presque irréel.
A côté de ça, il a d'autres affaires et entreprises que je connais, toutes évidemment. En passant les détails voilà ce qu'il en est de la personne influente et connue qu'il représente. En interne c'est-à-dire en famille, il nous a toujours préservé de cette réalité mes sœurs et moi et on peut tous constater les résultats. A part quelques personnes et proches, je suis inconnue du monde. Personne ne sait vraiment qui je suis, que ça soit mon nom, mon visage ou autre, publiquement je n'ai aucuns rapports avec mes parents. Je suis juste une personne lambda qui vit sa vie, encore plus depuis que j'ai débarqué ici. Maintenant je suis assez libre de mes faits et gestes même s'il faille toujours faire attention, surtout quand je suis à l'entreprise, lors de nos meeting familiaux et même ailleurs.
Vu sous cet angle, on croirait que j'étais enfermée, cachée de toutes et tous lorsque je vivais encore chez nous à des kilomètres d'ici mais ce n'était pas le cas. J'ai grandi dans une petite ville d'Argentine, dans une Hacienda et j'avais le droit de faire à peu près ce que je voulais. Bien-sûr j'avais des restrictions comme ne pas m'éloigner de la propriété, il y avait des règles à respecter comme chez tout le monde mais sinon, j'y étais à découvert.
Je n'avais rien à craindre pour le côté identité puisque ma famille et moi étions pour tous de simples habitants, loin d'être ce qu'elle est en réalité. Du moins pas là-bas, avec la discrétion dont mes parents ont fait preuve. Ici à Londres c'est assez similaire, je suis un simple habitant et c'est pratique pour moi car je peux me déplacer facilement. Raison pour laquelle je peux rester ici. Et aussi pour la proximité des entreprises familiales, j'avoue.
Pour en revenir à mon père, parlant de lui en tant que humain, c'est un homme patient, présent, généreux et humble malgré son niveau de vie.
Si je ne l'ai pas dit, c'est mon modèle.
Du côté de ma mère c'est pareil, elle est mon modèle également. Douce, passionnée et solaire sont ses principales qualités. La liste est longue et je l'admire. J'admire d'autant plus la capacité de Luz Honriana Miles à passer de la sympathie à l'indifférence et d'allier douceur et autorité dans son travail.
Elle est une créatrice de mode qui a commencé en tant que styliste et modéliste, avant de se donner en travaillant pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui, une créatrice connue et respectée. Elle m'a raconté qu'elle a fait face à plusieurs difficultés et essuyé de nombreux échecs, mais malgré ça, elle est parvenue à réaliser son rêve avec passion sans jamais lâcher.
C'est une belle leçon de vie je trouve.
Ça fait environ cinq minutes que j'ai quitté le séjour après avoir lavé mon plat. Là et je suis dans la chambre adossée à la tête de lit, les jambes sous la couverture. Puisque je n’ai rien d’autres à faire, et dans cette position en plus, je prends mon téléphone et je vérifie mes messages quand je tombe sur ceux de Val et Hector.
Dans le premier message, ils me demandent mon impression sur le cadeau qu'ils m'ont offert, et là je me rends compte que je n’ai pas encore ouvert ce fameux cadeau qui a faillit faire en sorte que je ne revois pas une dernière fois les amis. Pire encore, je l’avais même oublié, c’est nul de ma part. Depuis tout ce temps il est resté dans mon sac sans que je ne m’en souvienne. Mince !
Je quitte mon lit et m'empresse d'aller le chercher dans la poche de mon sac où je l’avais rangé avant revenir à ma place initiale. Une fois que je suis bien calée, je défais le nœud du ruban et j’ouvre la petite boîte dans mes mains. Mes paupières s’agrandissent et ma bouche se déforme en un sourire franc quand je découvre un porte clé avec un fer à cheval et un mini cheval qui pendouillent. Je détaille l'objet dans ma main, l’attention me touche. En plus ça me rappelle chez moi, mon cheval et bien-sûr les deux garçons qui me l'ont offert.
J'attrape mon téléphone, mélancolique des souvenirs par dizaines qui défilent dans ma tête, et essuyant une larme invisible je les remercie puis ça part en discussions libres. Ils me narrent leur journée et ce qu'ils y ont fait, surtout ce que j’ai manqué depuis mon départ. Ils me racontent un tas de choses, des blagues entre autre, des ragots de l’hacienda, et ils sont drôles ces deux là. Je me retrouve à pouffer de rire et de sourire comme une maman fière de ses enfants, devant mon téléphone, seule dans cette chambre.
Malheureusement nos échanges sont écourtées mais c'est dans la bonne humeur que je finis par m'endormir des minutes plus tard.
***
Une raison de sortir de chez moi. Aller visiter ma future école, ou plutôt mon école puisque je suis déjà inscrite. Je l'ai fait en ligne. Il n'y avait pas grand chose à faire, donc je suis officiellement étudiante à la Chelsea College of Art dans le domaine de l’architecture option design intérieur. Une étape de faite, ça me soulage.
Trois jours se sont écoulés depuis mon contact avec mes amis, jours durant lesquels je me suis attelée, sans pression, à mettre de l'ordre pour ce qui est de mes cours prochains. Il y a quand même encore quelques petits détails à régler.
Là je suis dans la chambre entrain de me préparer pour aller visiter ma futur école. Il faut bien que je jette un œil au lieu dans lequel je passerai quelques heures de mes journées. Bien-sûr j'ai vérifié une ou deux photos à la dérobée, mais je préfère juger sur place.
Je termine de me préparer devant la vue que j'ai à travers ma fenêtre, un spectacle coloré avec la saison qui a commencé. Les tons ocres et oranges qui pointent le bout de leur nez me font me calquer à cette inspiration, par conséquent j'harmonise ma tenue à l'ambiance, avant de sortir un quart d’heure plus tard.
Dans la rue règne encore et toujours cette odeur de café. C'est fou mais je ne me lasse pas de cette belle senteur attractive.
Après environ cinq minutes de marche, j'entre dans un taxi et arrive enfin à destination après une longue attente. Lorsque je suis à l'intérieur du campus, j'avoue que je n'ai pas vraiment d'avis. Enfin si j'en ai. Ce que je veux dire c'est que je n'ai pas grand chose à déclarer, tout est comme sur les photos à première vu.
Je me demande à quoi je m'attendais au juste.
Il n'y a pas un point négatif d'après mon observation donc ça devrait aller, sauf que malgré ça, j'ai envie de faire demi tour et de rentrer. Au dernier moment je me ravise, convaincue qu’il faut que je reste. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour apercevoir les bâtiments de loin alors, je m'arme de bonne foi et de plus d'entrain avant d'aller y voir d'un peu plus près.
Généralement je suis plus enthousiaste que ça, là je ne comprends pas. Peut-être suis-je en train de tomber malade et, mon esprit et mon corps essaient de me prévenir ? Dans tous les cas j'ai assez de motivation pour parcourir les lieux. En plus les structures sont plutôt belles et ont l'air accueillantes. Je continue ma visite posément en examinant chaque endroit où mes yeux se posent, jusqu'à ce que je sois accostée par une jeune femme au loin.
Je ne la regarde que brièvement mais je ne reconnais pas la personne. Je suppose qu'elle voudra un renseignement ou quelque chose comme ça. Je ne vais pas tarder à le savoir puisqu'elle avance dans ma direction aussi prudemment qu’un félin qui a flairé sa proie.