— Aux AURORES s'il vous plait, ai-je indiqué au chauffeur de taxi.
Nous roulons depuis bientôt vingt minutes et je m'impatiente déjà d'arriver pour enfin me reposer. Je me répète peut-être mais je suis vraiment épuisée. Comme nous en avons encore pour un petit moment d'après le chauffeur, j'en profite pour continuer la lecture du livre que j'ai commencé dans l'avion. Dix pages de lecture plus tard nous arrivons.
— Nous y sommes ma jeune dame, me lance le chauffeur après avoir stationné le véhicule.
Je règle les frais avant de sortir, et un employé de l'hôtel se hâte pour transporter mes affaires, puis nous entrons dans l'immeuble.
À peine je franchis les portes que je suis impressionnée par les lieux, c'est magnifique. Le hall d'entrée bien que commun, est d'un style chic minimaliste à la fois original et d'un classicisme revisité au fur et à mesure que j'avance. Je sais que ce n'est pas très clair comme description mais il faudrait le voir pour le comprendre. Je me dirige à gauche vers la réception pour les appartements parce qu'en réalité d'après ce que je sais, l'édifice offre à la fois les services d'appartements à louer et ceux d'un hôtel où séjourner, sans compter le restaurant intégré. Les parties principales étant naturellement délimitées dès l'accueil.
Devant le comptoir, j'ai devant moi deux personnes. Un homme, assez jeune la vingtaine je dirais, et une femme plus âgée aux fossettes apparentes, du même uniforme, légèrement différent de celui du porter.
— Bonsoir jeune demoiselle, que puis-je faire pour vous ? m'interroge la dame aux fossettes d'une voix chaleureuse.
— Bonsoir, j'ai une réservation s'il vous plaît... pour un appartement.
Je le sais, c'est bête. Je suis déjà dans la partie appartement donc je n'avais pas besoin de préciser. Pour ma défense je suis un peu déboussolée. Le décalage horaire, la fatigue, ça fait beaucoup.
— Sous quel nom je vous prie ? me demande t-elle les yeux rivés sur la tablette maintenue sur un support à sa droite, ne semblant pas avoir remarqué mon lapsus.
— Aurora Miles.
— Ah mais vous êtes... s'interrompt t-elle en me fixant curieusement, puis elle reprend, je vous attendais. Bienvenue Aux AURORES, je suis Denise et lui c'est Léo. Déclare t-elle le visage illuminé tandis que ses fossettes se font remarquer de plus belle.
Je me contente d'acquiescer de la tête en leur souriant à mon tour. Et Denise reprend :
— Votre père m'a prévenue de votre arrivée. Votre appartement est prêt, donnez moi juste une seconde.
Je hoche la tête, patientant, pendant que mon regard la quitte pour se poser derrière elle sur l'homme qui l'accompagne. Il est debout me dévisageant ou m'analysant, je ne saurais le dire en réalité. Je suis beaucoup trop fatiguée pour dissocier les états que j'observe actuellement. Au bout d'une dizaine de secondes, après que Denise ait consulté je-ne-sais-quoi sur sa tablette, elle reprend en s'adressant au fameux Léo cette fois.
— Accompagnes la demoiselle jusqu'à son appartement, ensuite remets lui les clés s'il te plaît mon garçon.
— Tout de suite, réponds t-il avec conviction, son expression a changé.
Lorsque je me tourne pour lui emboîter le pas, Denise me souhaite une bonne nuit, toujours avec son sourire qui accentue ses fossettes. Je lui réponds d'un hochement de tête en lui rendant son sourire évidemment. Vraiment très gentille cette dame, enfin Denise.
L'homme qui détient les clés de mon appartement est devant moi, suivi du porter avec son chariot contenant mes valises et nous nous dirigeons vers l'ascenseur.
Plus j'avance et plus je me rends compte de la beauté des lieux, c'est incroyable. Après quelques mètres de marche, nous entrons dans la boîte métallique, destination le seizième étage sachant qu'il y en a une vingtaine.
Les yeux rivés dans le livre que je n’ai terminé ni dans l’avion ni dans le taxi, j'en viens quand même à surprendre à trois reprises ledit Léo qui me lorgne. C'est discret mais pas assez. Alors, m'observer avec insistance une ou deux fois ça peut passer, me dévisager comme si j'étais un alien d'accord, mais ça non. M'épier ? Je préfèrerais encore qu'on me fixe quitte à tenter de me déstabiliser, c’est plus direct de cette manière. Pourquoi ne me dit-il pas ce qu'il veut comme ça c'est réglé ? Ça commence à devenir pesant, parce que je n'apprécie pas vraiment la situation. Intriguée, la curiosité me pousse à lui adresser quelques mots.
— Je vous vois, vous savez ? Lancé-je sans décoller mes yeux du livre.
Que se passe t-il ? Que voudriez vous me dire ? ajouté-je cette fois les yeux rivés sur lui.
— Rien du tout… mademoiselle. Je suis désolé si je vous ai mis mal à l'aise.
— Si je peux me permettre, ma demoiselle, vous êtes très charmante et, vraiment très jolie et ça se voit que vous êtes une personne adorable. Voilà ce que je pense, et mon ami ici présent également, mais il est un petit peu déstabilisé pour vous le dire lui même. Intervient soudainement le porter avec calme et ses paroles me font sourire intérieurement.
— Diego ! Siffle l'homme moins direct entre ses dents en jetant un regard comme pour dire «qu'est ce que tu fais», à son ami plus expressif.
La scène est un peu amusante j'avoue, mais tout s'estompe et le silence revient aussitôt. L'ascenseur s'ouvre et après avoir longés le petit couloir nous nous retrouvons devant une porte. Enfin j'y suis.
L'homme à l’air tendu, celui chargé de me remettre les clés, avance et déverrouille la porte. Il me fait signe d'entrer, ce que je fais, et une fois à l'intérieur je me débarrasse de mon manteau et de mon sac pendant que son collègue et lui montent mes valises jusqu'en haut du majestueux escalier noir en métal situé au milieu du séjour. Lorsqu'ils finissent, les clés me sont remises avant que les deux hommes s'en vont, je les remercie quand ils sont prêts à partir.
— Avec plaisir. Diego Santos pour vous servir mademoiselle, replique le porter en faisant la révérence le sourire aux lèvres, sourire que je lui rends.
Tout de suite après ils me souhaitent tous les deux une bonne nuit avant que le bras de Diego ne se fasse tirer de force par son ami, l'entraînant dehors.
Okay ? Il vient de se passer quoi ?
*****
Léo
Elle est tellement belle, c'est hallucinant. J'ai rarement vu des femmes aussi captivantes et des femmes j'en ai connu. Depuis que j'ai croisé son regard, je l'ai dans la tête même si je suis parfaitement au courant que ça ne fait même pas dix minutes que je l’ai vu mais, qu'est ce que j'y peux ? Parfois dans la vie il y a des choses qui ne s'expliquent pas, ça en l'occurrence fait partie de ces choses là.
C'est la fille la plus charmante et magnétique que j'ai jamais vu et je suis loin d'exagérer. Elle est dotée d'une élégance naturelle et d'une présence. On aurait dit une princesse et ce vêtue de ce tailleur deux pièces un peu trop grand pour elle à mon avis. Je ne l'imagine même pas en robe, elle doit être juste...
Ah mais de quoi est ce que je parle moi ? Qu'est ce que je suis en train de faire ?
Non, Léo tu ne peux pas. Tu vas un peu trop loin là, en plus tu es au travail.
Ça me fait penser que je me suis fait grillé dans l'ascenseur. J'aurais dû faire beaucoup plus attention pour ne pas qu'elle le remarque, je suis vraiment un idiot. Et puis Diego...
Lorsque nous sortons de l'appartement, je lui tombe dessus sans attendre.
— Qu'est ce qui te prends Léo !? Pourquoi tu m'as tiré le bras comme le bouchon d'un bouteille de vin ?
— Et toi qu'est ce qui t'a pris tout à l'heure dans l'ascenseur !? Ça va pas ou quoi ?
— Quoi ? S'indigne t-il faussement, j'ai juste dit ce que je pensais, et toi aussi d'ailleurs, réponds t-il avec un air sérieux qui change vite à un air plus amusé.
— C'est pas une raison.
— C'est clair que ça n'en est pas une, mais il fallait que je lui dise. Et puis toi...
— Quoi moi ?
— Tu n'y arrivais pas. Je ne t'ai pas reconnu, ce n'est pas du tout ton genre. Tu t'es laissé intimidé, mais je te comprends, elle a quelque chose... explique t-il en réfléchissant, essayant de trouver le mot adéquat pour qualifier ce que nous avons tous les deux remarqué apparemment.
Voyant que je ne relève rien, il poursuit :
— Je suis désolé si ça ne t'a pas plu, je voulais juste t'aider, avoue t-il sérieusement.
— Ce n'est rien t'inquiètes pas, et, tu as raison, souligné-je en lui donnant une petite tape amicale sur l'épaule et son sourire s'élargit tout de suite. Allez, il vaut mieux retourner travailler, n'y pensons plus.